Le studio d’animation, aujourd’hui filiale de la Walt Disney Company, a longtemps appartenu à Steve Jobs.

Vous n’êtes pas sans savoir que Steve Jobs n’a pas été toute sa vie PDG d’Apple. De 1985 à 1997, soit durant 12 ans, l’ex-homme fort de Cupertino a vagabondé à la tête de différentes sociétés qu’il a acquises ou créées et qu’il a fait émerger et devenir rentables. On se souviendra notamment de NeXT, l’entreprise d’informatique qui sera à l’origine de macOS.

Mais si NeXT a, depuis longtemps, été rangée au placard par Apple, une autre entreprise que Steve Jobs a rachetée, existe toujours et se porte à merveille : Pixar. L’entreprise était au bord de la faillite et l’ancien PDG d’Apple en a fait un des acteurs majeurs de l’animation avant son rachat par Disney.

En 1979, la société Lucasfilm Ltd., à l’origine des Indiana Jones et Star Wars, crée une branche informatique prévue pour développer et fournir du matériel numérique de conception graphique à destination du secteur médical. La firme de George Lucas débauche également Edwin Catmull du New York Institute of Technology pour diriger cette nouvelle branche qui se nommera The Graphics Group. Celle-ci se révèlera assez vite peu rentable pour Lucasfilm, qui cherchera finalement d’autres utilités plus rentables à sa nouvelle filiale.

Luxo Jr., le premier vrai court-métrage d’animation de Pixar sous l’égide de Steve Jobs.

3 ans plus tard, The Graphics Group va se réorienter vers les effets spéciaux et travailler conjointement avec ILM, la branche VFX de Lucasfilm, sur de nombreux blockbusters. Parmi ceux-ci, on retrouvera notamment Star Trek II et Le Secret de la Pyramide. Malheureusement, rien n’y fait, les résultats financiers sont catastrophiques et l’avenir du groupe est plus qu’incertain.

En 1985, coup de séisme chez Apple. John Sculley éjecte Steve Jobs du comité de direction de l’entreprise qui en profite pour revendre toutes ses actions. Nul besoin de préciser que les actions qu’a revendu l’ex-PDG d’Apple lui ont rapporté une petite fortune, qu’il a très vite souhaité réinvestir dans de petites entreprises qu’il estimait prometteuses. C’est ainsi que Steve créera NeXT Computer en 1985, puis qu’il se tournera un an plus tard vers la Graphics Group, en totale perte de vitesse depuis de nombreux mois.

D’un commun accord avec George Lucas, Steve Jobs fait l’acquisition du petit groupe et de ses 45 employés pour la somme de 10 millions de dollars alors que Lucas en souhaitait au départ 100 millions. 5 millions servent finalement à l’acquisition de l’entreprise et des brevets qu’elle possède tandis que les 5 autres seront directement reversés dans le capital. Steve Jobs investira également 50 millions de dollars à perte dans la société vierge de toute rentabilité depuis de nombreuses années. Le 3 février 1986, Pixar est officiellement née.

Pour tenter de résorber la dette, Pixar va se diversifier et commencer dès 1988 à concevoir des publicités pour différentes marques comme Listerine, Tropicana ou Life Savers. Le succès est au rendez-vous et marquera les premiers pas de l’entreprise dans l’animation par ordinateur. Le talent de ses animateurs sera lui aussi remarqué, dont celui d’un certain John Lasseter. La firme, consciente du potentiel de l’animation par ordinateur, commencera à concevoir quelques courts-métrages, parmi lesquels Luxo Jr. qui met en scène une lampe devenue par la suite mascotte de l’entreprise. Tin Toy sera lui aussi très remarqué, avec notamment un Oscar qui lui est décerné.

En 1990, Pixar accuse malgré tout une perte nette de 8,3 millions de dollars, ce qui la pousse, un an plus tard, à signer un contrat d’exclusivité avec Disney de près de 26 millions de dollars. Celui-ci stipule que la firme devra réaliser trois longs-métrages en animation par ordinateur qui seront ensuite édités et commercialisés par Disney. Le premier de ces trois films s’intitulerait Toy Story et raconterait l’histoire de jouets qui prennent vie lorsque leur propriétaire s’absente. Steve Jobs en sera d’ailleurs un des producteurs exécutifs tandis que John Lasseter le réalisateur.

Toy Story sortira finalement en salles en 1995 et connaîtra un succès fulgurant à travers le monde. Avec un budget de seulement 30 millions de dollars, le film parvient à en récolter plus de 373 millions au box-office. Le film est non seulement extrêmement rentable, mais il permet également à Pixar de se forger une véritable réputation dans le domaine de l’animation par ordinateur. Une semaine après la sortie du film, Pixar fait son entrée en bourse, avec un succès aussi profitable que pour Apple en 1980. Les deux films restants du contrat, 1001 pattes et Toy Story 2 connaîtront le même succès, ce qui poussera Disney à renouveler son contrat avec Pixar sur dix ans et à acquérir 5% de son capital.

La suite, on la connaît. Pixar a sorti quatre autres films sous l’égide de Disney (Monstres & Cie, Le Monde de Nemo, Les Indestructibles et Cars) avant que Steve Jobs ne vende l’entreprise à Bob Iger et Disney pour environ 7,4 millards de dollars. Cela permettra d’ailleurs à Steve Jobs de faire l’acquisition de 7% des actions de Disney et d’en devenir le principal actionnaire jusqu’à son décès.

Steve Jobs était un des producteurs de Toy Story. Capture d’écran Toy Story / Disney+.

A sa mort, Steve Jobs possédait toujours 3,7 milliards de dollars en actions dans Disney. Toutes ont été transférées à son épouse, Laurene, qui les transfèrera dans le fonds privé Steven P. Jobs Trust. En 2011, Laurene Jobs annonce détenir 4,6 milliards de dollars en action dans Disney, soit 138 millions d’actions (7,7%) et reste, encore aujourd’hui, l’actionnaire individuel majoritaire de l’entreprise. 6 ans en plus tard, en 2017, le fonds revend la moitié de ses actions pour n’en garder “que” 64 millions, équivalant, à l’époque, à 6,7 milliards de dollars.

Les messages provenant de Pixar ont afflué suite au décès de Steve Jobs, à l’image de cet hommage provenant directement de Ed Catmull et John Lasseter, ses comparses de Pixar, et publié directement sur la page d’accueil du site internet le jour de l’annonce du décès de Jobs.

Ed Catmull, Steve Jobs et John Lasseter.

“Steve Jobs était un visionnaire extraordinaire, notre très cher ami et la lumière qui guidait la famille Pixar. Il a vu bien avant nous le potentiel de Pixar, bien au-delà de ce que les gens pouvaient imaginer. Steve nous a donné notre chance et a cru dans ce rêve fou de faire des films animés sur ordinateur ; la seule chose qu’il disait constamment était simplement de “rendre un film banal en un film exceptionnel”. Il est à l’origine de ce que Pixar est devenu et sa force, son intégrité et son amour pour la vie ont fait de nous des gens meilleurs. Il fera toujours partie de l’ADN Pixar.”

En 2011, un homme connu de Steve Jobs intègre le conseil d’administration d’Apple : Robert Iger. Le PDG de Disney était un ami de longue date de Jobs et avait fait l’acquisition de quelque 200 actions AAPL, lui permettant de siéger au CA de la Pomme. Une arrivée dont s’est félicité Tim Cook, qui verra là l’opportunité “d’enrichir un conseil qui était déjà très remarquable et puissant.”

Acheté pour la “modique” somme de 5 millions de dollars par Steve Jobs, Pixar est aujourd’hui une des filiales de Disney les plus rentables avec une valeur qui dépasserait les 10 milliards de dollars. Sorte de poule aux œufs d’or truffés de talents de l’animation, le studio est un des pionniers en la matière et devrait le rester durant encore de longues années, en attestent les nombreuses productions prévues.