Test de l’iPad Pro, la tablette qui se rêvait ordinateur

Annoncé en septembre, l’iPad Pro inaugure un nouveau format d’iPad. Avec son écran de 12,9″, il surprend lors des premières prises en main. Deux semaines après sa sortie, il est temps de faire le point sur ce nouveau produit dans un test en bonne et due forme.

© Arnaud Laurent
© Arnaud Laurent

L’iPad est toujours en quête de public. Après avoir connu des débuts triomphaux, la gamme de tablettes d’Apple ne cesse de s’effondrer. Les ventes reculent, l’intérêt général diminue, les tablettes ne séduisent (déjà) plus. Il est donc crucial pour la pomme de donner un sérieux coup de fouet au secteur, d’innover et de proposer plusieurs déclinaisons du concept de “tablette”. Voilà qui est chose faite, après une version “S” avec l’iPad mini, ici c’est au tour d’une version “XXL” de voir le jour. Estampillée comme un produit “pro”, cet iPad se veut nouveau dans les usages, tout en gardant ce qui fait de l’iPad, un iPad. Enfin, c’est ce qu’Apple dit. Voyons s’il s’agit de la même chose en pratique.

Un grand iPad

L’iPad Pro est grand, vraiment très grand. Les photos ne rendent pas justice à la taille de l’engin, il faut le prendre en main pour s’en rendre compte. La première prise en main est généralement surprenante, les “c’est vraiment grand, c’est ridicule” reviennent assez souvent. Il est vrai que si on prend l’iPad Pro comme un “simple” iPad, la taille semble injustifiée. On essayera de voir un peu plus loin, surtout quant aux usages de ce grand écran plus bas dans le test.

© Arnaud Laurent
© Arnaud Laurent

Au niveau du design de l’objet, rien de particulier à signaler. Il s’agit surtout d’un iPad, avec sa face en verre et son dos en métal, il reprend les “codes” de ses petits frères. Les seuls changements esthétiques concernent les baffles, que l’on trouve sur les parties inférieures et supérieures de la tablette. Même si on apprécie la sobriété, le design de l’objet officie plus dans le “banal” que dans le “beau”, le matériel s’efface au profit de l’écran et son logiciel, c’est peut-être une bonne chose, mais une fois l’écran éteint, on se retrouve face à une tablette de verre et de métal plutôt élégante, mais presque insipide.

L’iPad Pro est à la fois lourd et léger, l’impression est plutôt étrange. C’est l’iPad le plus lourd jamais commercialisé, mais c’est aussi le plus grand. Le poids est bien réparti, et la finesse de l’objet ajoute à cette impression de légèreté. Mais il faudra vite mettre de côté les usages “à main levée”, l’iPad Pro s’utilise posé sur une table, sur les genoux et deviendra vite inconfortable si vous avez à le porter en l’utilisant. La rengaine est la même pour le clavier. Alors qu’il est tout à fait possible d’écrire sur l’iPad Air 2 en le tenant à deux mains (en format portrait, du moins), l’iPad Pro évacuera très vite cette possibilité. Globalement, l’iPad Pro est un iPad de bureau, qui sera plus à l’aise sur une table que pour un usage très mobile.

Les baffles sur la tranche supérieure. © Arnaud Laurent
Les baffles sur la tranche supérieure. © Arnaud Laurent

Au niveau matériel, on retrouve deux nouveautés extérieures : un Smart Connecteur pour brancher un Keyboard tout aussi Smart, et 4 baffles. Le Smart connecteur se fait vite oublier. Les baffles eux, sont clairement visibles. Ils dégagent un son franchement acceptable, mais ils ne font pas de miracle. Il s’agit toujours de baffles intégrés à un appareil mobile. Seuls les fans absolus de la pomme, qui voudront se rassurer quant à la dépense exorbitante qu’ils viennent de faire écouteront de la musique sur ces baffles, en arguant que le son est excellent pour un appareil mobile. Oui, il est plutôt bon, mais on reste à des années-lumière d’un baffles AirPlay, Bluetooth ou d’une paire d’écouteurs. Il s’agit encore de baffles d’appoints, qui suffiront pour regarder une vidéo YouTube, mais sans plus. La principale force tiendra dans la distribution du son, bien plus homogène que sur un iPad Air qui se contente de ne diffuser que d’un seul côté.

iOS franchement décevant

C’est surtout là qu’Apple a une carte à jouer, car si l’iPad Pro ressemble de l’extérieur à un iPad Air bêtement agrandi, c’est dans son interface que tout est à faire et que le potentiel de l’écran est à exploiter.

Au premier abord, on tombe sur un iOS strictement identique à ce qu’un iPad Air ou même un iPhone propose. Les premiers écrans donnent une impression de vide, d’espace perdu, et d’un écran inutilement grand. Cette impression persiste en ouvrant les premières applications. Certaines applications font peine à voir, tant elles n’exploitent pas la taille de l’écran. Par exemple Facebook qui affichera son interface comme sur un écran d’iPad Air 2, donnant une impressionnant d’application pour enfant, avec des boutons énormes et absolument pas adaptés. En face, l’application Twitter qui a adapté la taille de son interface se noie dans l’écran, à tel point d’avoir une bonne moitié de l’écran vide. Ces deux applications sont représentatives de beaucoup d’autres applications. Bref, actuellement, l’écran est encore sous-exploité si vous utilisez les applications en plein écran.

Le vide de l'écran d'accueil ... et un iPhone 6s Plus sur la droite pour la comparaison de taille. © Arnaud Laurent
Le vide de l’écran d’accueil … et un iPhone 6s Plus sur la droite pour la comparaison de taille. © Arnaud Laurent

Par contre, là où l’iPad Pro excelle, c’est dans l’usage de Split View. L’idée est simple, afficher deux applications côte à côte, histoire d’occuper un peu plus l’écran. Les applications fonctionnent globalement bien. Et l’écran est tellement grand que l’on peut afficher deux applications côte à côte deux applications au même format que sur l’écran de l’iPad mini. La fonction Split View prend tout son sens sur l’écran de l’iPad Pro, sur l’iPad Air la fonction peut paraître anecdotique, mais sur l’iPad Pro on sent qu’il s’agit d’un réel ajout. Cependant, le fait d’avoir en permanence deux applications à l’écran n’est pas très confortable, on perd le côté “plein écran” de l’iPad et par défaut, on aura toujours tendance à retourner vers une seule application en plein écran plutôt que deux côte à côte.

Split View en action. A gauche, Plans, à droite, Twitter. © Arnaud Laurent
Split View en action. A gauche, Plans, à droite, Twitter. © Arnaud Laurent

L’iPad Pro se voudrait donc un iPad dédié aux pros. Pourquoi pas, mais dédié uniquement à certains pros. Soit vous avez une application qui remplit exactement votre besoin. Soit vous êtes graphistes, dessinateurs et l’iPad Pro fera une excellente ardoise supplémentaire ou alors vous lisez et envoyez des e-mails. Pour tout le reste, l’iPad Pro reste un iPad et sera incroyablement frustrant par sa capacité à complexifier des tâches pourtant enfantines sur un ordinateur classique. iOS reste un OS mobile, dédié à la consultation et aux usages légers. S’il est très bien en usage d’appoint ou pour certains usages spécifiques, il reste globalement bien plus limité qu’un OS de bureau.

En soi, il ne s’agit pas d’un problème, le positionnement de l’iPad a été, à la base, présenté comme entre le Mac et l’iPhone. Mais Apple s’est mis en tête de déguiser l’iPad en ordinateur, tout en lui laissant ses limites d’appareils mobiles. Malgré un écran de la même taille et un clavier physique, l’iPad reste un produit équipé d’un OS mobile et ne remplacera pas un ordinateur. Pas en l’état, en tout cas.

Et donc, quels sont les usages pour cet iPad Pro ? Et bien, certains usages déjà très bons sur l’iPad originel le sont encore plus sur ce grand iPad. Son écran rend la lecture de journaux, de magazines et de BD vraiment très confortable. La navigation web est également très réussie, beaucoup de sites web prennent vie sur ce grand écran. La lecture de vidéo est également très confortable, avec un écran très détaillé offrant des couleurs franches et des noirs profonds.

© Arnaud Laurent
© Arnaud Laurent

La consultation de site web est très appréciable, elle se fait très naturellement. Le grand écran se prête très bien aux séances de shopping au chaud dans son canapé, la plupart des sites étant “responsive”, ils s’adaptent assez bien à cet écran, qui au final, fait plus ou moins la même taille que celui d’un MacBook Pro 13″. La consultation de journaux, de magazines ou de bandes dessinées est également très convaincante. On peut, par exemple, lire un journal sans avoir a zoomer sur les articles pour les lires, la taille de l’écran se prête bien à ce format. Même chose pour les magazines, qui arrive à une taille naturelle.


Enfin, l’iPad Pro fait un excellent compagnon de voyage pour la vidéo. Son gigantesque écran affiche très confortablement des vidéos, tout en gardant un encombrement finalement réduit. Une fois dans un (grand) sac, l’iPad se fait oublier.

Batterie et processeur

La durée de vie d’un iPad Pro sur une recharge est plutôt classique pour un iPad, comptez 10 heures d’usage régulier, plus ou moins une journée si vous l’utilisez en machine principale. Oui, mais voilà, si l’autonomie ne pose pas de réel problème, c’est la recharge qui pose un réel problème. Cette recharge est interminable. Avec un chargeur de 12W, celui fourni par Apple avec la tablette, il faut compter pratiquement 5 heures pour une recharge complètes. Si vous arrivez au bureau à 10h avec votre iPad déchargé, il faudra attendre presque 15h sans l’utiliser pour qu’il soit prêt. Si vous utilisez l’iPad pendant sa recharge, cette période peut s’allonger de plusieurs heures. Pire encore, si vous n’avez pas de chargeur 12W sous la main, et que vous voulez recharger l’iPad avec un chargeur d’iPhone, il faudra plus de 12 heures pour atteindre la recharge complète. Une nuit entière ne suffit pas. Cerise sur le gâteau, l’iPad Pro est tellement gourmand en énergie que si elle est alimentée avec un chargeur 5w, la batterie continuera à se décharger.

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Heureusement, on comprend vite d’où vient cette colossale dépense d’énergie. L’iPad Pro est rapide, très rapide. C’est bien simple, à aucun moment l’iPad n’a montré de signe de faiblesse, même pour du montage vidéo où la tablette exportera plus rapidement un rendu final qu’un Mac datant de 2013. Le processeur A9X fait des merveilles et arrive à rendre l’usage de la tablette tellement fluide qu’il en fait oublier l’effort nécessaire pour en arriver là.

Apple Pencil

Le stylet/crayon et l’iPad pro ont une relation fusionnelle, à tel point qu’elle est exclusive. L’Apple Pencil se réserve entièrement à l’iPad Pro et boudera toutes les autres tablettes pommées. La raison officielle vient d’un écran spécialement adapté sur la grande tablette pour réagir aux moindres mouvements du crayon électronique. Espérons que les prochaines versions des petits iPad profiteront de la même technologie, mais là n’est pas le propos.

© Arnaud Laurent
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Dessiner avec l’Apple Pencil est réellement agréable, il est extrêmement réactif et les temps de latence sont presque imperceptibles. La détection de pression fonctionne à merveille et celle de l’inclinaison aussi. Par exemple, si vous utilisez un outil crayon et que vous inclinez le Pencil, il tracera un trait large, exactement comme un crayon réel le ferait. Le Pencil n’est pas le premier stylet à faire ça, ce n’est pas non plus le premier stylet dédié au dessin sur l’iPad, mais c’est en tout cas le plus convaincant. Et c’est aussi le plus cher, facturé 109€, le prix nous semble bien trop élevé pour le produit. Mais nous reviendrons sur ce point.

Le crayon est également assez précis pour pouvoir écrire à la main, faire des schémas précis. Pour la première fois, un stylet dégage un sentiment naturel, qui rend exactement ce que l’on veut en passant au-delà d’une barrière de formatage numérique.

Le Pencil. © Arnaud Laurent
Le Pencil. © Arnaud Laurent

Concernant l’appairage, il est extrêmement simple, il suffit de brancher le Pencil sur l’iPad et le tour est joué. Pour la recharge, cela se passe également sur l’iPad, ou alors via un câble Lightning classique et l’adaptateur (fourni).

Le Pencil en recharge dans l'iPad. © Arnaud Laurent
Le Pencil en recharge dans l’iPad. © Arnaud Laurent

Même s’il est très chouette à utiliser, vous n’en aurez de réelle utilité que si vous dessinez. Sinon, il risquera de connaître un arrêt définitif au fond d’un tiroir au bout d’une semaine. On notera par contre, l’absence de gomme sur l’extrémité supérieure du stylet, comme sur d’autres crayons numériques (compatible avec l’iPad). La technologie est donc existante, c’est dommage qu’Apple ne l’ait pas intégrée.

Les prix

Les prix de l’iPad Pro méritent à eux seuls un paragraphe dédié. La tablette en elle-même est très chère. L’entrée de gamme se fait payer 919€, pour 32Go de stockage et sans module 4G. Le modèle 128Go est le seul modèle à pouvoir bénéficier d’un module 4G, comptez 1099€ en WiFi uniquement, 1249€ avec WiFi+4G. Les prix sont vraiment incompréhensibles, d’autant que l’iPad Pro n’embarque aucun accessoire. L’Apple Pencil, pourtant une nouveauté marquante du produit est vendu pour 109€ ! Le Smart Keyboard est facturé un mirobolant 179€.

© Arnaud Laurent
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Le plus pathétique reste les protections de l’iPad Pro. La Smart Cover, seule, passe à 69€. 70€ pour une simple Smart Cover en plastique. Pire, la coque arrière en silicone se paie 89€ ! Comptez donc un absurde 158€ uniquement pour la Smart Cover et la housse de protection.

Comptons un modèle de base, de 32Go, avec un Pencil et les protections : 1186€. Pour un iPad et des accessoires essentiels. Si vous voulez jouer la sécurité, avec 128Go de stockage, la 4G, le Pencil et le Smart Keybord, comptez 1537€. Soit plus cher qu’un MacBook Pro Retina 13″ d’entrée de gamme. Même si l’on est habitué au prix salé d’Apple, ceux-ci sont scandaleux et incompréhensibles. Et aucune fonction de l’iPad Pro ne justifie un tarif pareil. Aucune.

Autrement dit, l’iPad Pro est un bon iPad, mais cela s’arrête là. L’usage vendu par Apple, qui se voit remplacer le Mac par l’iPad n’est franchement pas convaincant. D’autant plus, certaines contraintes techniques comme le manque de flexibilité d’iOS et l’encombrement bien trop important de ce modèle entachent la conclusion. Sans même parler du prix, qui en rebutera plus d’un (à raison). L’iPad Pro est prometteur, dans son format, mais il n’est pas encore prêt actuellement. iOS doit évoluer de manière fondamentale, bien plus que de simples démonstrations éclatantes de Microsoft et Adobe pendant une keynote. Même si cela n’arrivera pas, Apple devrait sérieusement revoir ses ambitions budgétaires, qui ont tendance à évoluer de manière exponentielle ces derniers mois. Bref, l’iPad Pro première version est une première version, et on est plus enthousiaste quant au potentiel du produit que quant au produit en lui-même.