Kris-Cole

Au vu de la polémique de la technologie Flash manquante sur l’iOS d’Apple, Belgium-iPhone a souhaité en savoir plus sur cette “non-collaboration” à ce sujet entre la firme de Cupertino et la firme de San José dont l’une de ses représentations se situe non loin de Bruxelles et plus exactement dans l’un des “business park” de Diegem. C’est ainsi que notre rédaction a eu l’occasion de rencontrer Kris Cole, le Managing Director d’Adobe Benelux. Ce dernier n’a pas manqué de nous confirmer que le développement de la technologie Flash est loin d’être terminé.

Belgium-iPhone:  Concernant l’iOS d’Apple, les négociations entre la firme de Cupertino et Adobe sont-elles tout à fait terminées à ce sujet ?

Kris Cole: Apple a pris la décision de ne pas intégrer notre technologie Flash dans son iOS.

B-i: Quel est votre sentiment par rapport à cette affaire?

KC: Personnellement, je trouve cela regrettable qu’Apple ait opté pour ce choix mais ce que je trouve encore plus regrettable, c’est la communication qu’ils ont donnée dans le sens où ils ont indiqué que – nous étions paresseux – et que – notre technologie était dépassée -. J’aurai préféré qu’ils déclarent tout simplement qu’ils n’avaient pas choisi la direction d’inclure notre technologie Flash Player pour des raisons stratégiques. D’un point de vue communication, il y avait moyen de mieux faire. Cela étant, ils ont émis des arguments subjectifs et négatifs envers notre technologie. Néanmoins, nous avons pu prouver aujourd’hui que ces arguments n’ont rien à voir avec leurs choix. La conséquence reste cependant la même : Flash n’est pas sur iOS. Il s’agit là d’une stratégie fermée et contrôlée, Apple a le souhait de contrôler son écosystème et ne pas voir des technologies tierces ouvrir des portes, ce que notre technologie Flash permet notamment de faire.

Chez Adobe, nous avons une stratégie qui va à l’inverse de celle d’Apple dans le sens ou nous sommes “ouverts”. Un développeur qui va travailler sous Flash sera justement intéressé de développer sous cette technologie car elle est ouverte et pas spécialement dédiée à un device spécifique. Ce qui permet dès lors de toucher un plus grand nombres de personnes. D’où la mise en place de notre initiative “Open Screen Project” qui nous permet de collaborer notamment avec pas moins de 70 partenaires d’une manière claire et transparente. Cela a toujours été notre créneau d’être “ouvert”, si Apple ne souhaite pas faire partie de ce créneau, c’est son droit et nous le respectons.

B-i: Certains développeurs se plaignent du fait que le développement Flash sous Mac OS soit plus difficile que sous Windows (pas d’accélération matérielle, de nombreux “plantages”, très énergivores, grand consommateur de ressources systèmes, etc). Pensez-vous revoir/optimiser le code de Flash pour Mac OS X ?

KC: La compilation du code Flash, que ce soit sous Mac OSX ou Windows, est exactement la même. Il n’y a donc pas de différence de développement mais les performances d’une application Flash dépendent de l’ouverture du système sous-jacent (accessible au moyen d’API), qui est plus fermé chez Apple que chez Microsoft.

B-i: Feriez-vous donc alors l’objet de restrictions d’informations qui vous freineraient dans vos développements ?

KC: Nos relations avec Apple datent depuis de 26 ans et sont très fortes dans certains domaines. Nos services entretiennent d’excellentes relations avec les différentes équipes de la firme de Cupertino en ce qui concernent l’OS d’Apple (Mac) et notamment avec l’équipe qui gère le développement du browser Internet Safari. Récemment nous avons par exemple lancé notre dernière version de Flash Player 10.1, nous avons pris plus de temps que prévu pour là rendre disponible car nous avons travaillé à optimiser au maximum le “run time” de notre logiciel  au vu qu’Apple nous a laissé la chance d’avoir un accès – plus large – à certaines données dont nous avions besoin pour optimiser les performances de notre player. À partir du moment où nous pouvons disposer de plus de données, au plus il y a aura de chances que le software puisse être le mieux développé.

B-i: Ce que l’on pourrait qualifier de “restrictions d’informations” imposées par Apple ne seraient justement mises en place dont le but serait de vous pousser à vous tourner vers d’autres nouvelles technologies telle que l’HTML5 ?

KC: C’est un autre débat. Nous continuons à travailler avec Apple pour optimiser notre Flash Player afin qu’il puisse répondre – le plus correctement possible – sur les produits hardwares de la firme de Cupertino; tels que les MacBook, MacBook Pro et MacBook Air, etc. Selon nous, il n’y a pas une stratégie au sein d’Apple à nous obliger de nous tourner vers le HTML5. Ils ne souhaitent pas notre technologie dans leur iOS mais bien dans leur OS tournant sur leurs produits hardwares tels que je viens de vous citer. On pourrait clairement parler de double stratégie. Les technologies HTML5 et Flash continuent à se développer – l’une à côté de l’autre – mais que l’arrivée d’HTML5 ne signifie en rien la fin de Flash. L’HTML5 n’est pas encore là, le standard de cette technologie n’est pas encore présente. Cela dit, nous avons déjà annoncé le support de HTML5 notamment dans le package de notre logiciel Dreamweaver inclus dans la suite CS5. Il manque encore des outils de développements autour de l’HTML5 pour notamment y produire des applications. Nous suivons de près ces évolutions mais continuons de penser qu’il y a une place pour ces deux technologies. Selon nous, cette technologie a de bonnes perspectives d’avenir mais à l’heure actuelle, elle n’est pas assez mature.

B-i: De son côté, Apple recommande l’utilisation de la technologie HTML5 dans ses produits, tournant notamment sous iOS, qui prennent de sérieuses parts de marché, ne verriez-vous pas justement un intérêt à déployer vos forces dans cette direction ?

KC: C’est une question intéressante dans le sens où vous dites qu’ils prennent de plus en plus de parts de marché mais la question est : quel marché ? le marché de leur smartphone? Oui. Le marché de leur tablette? Oui. Ils prennent ces parts de marché mais finalement, il n’y a pas de marché dans le sens où il n’y a pas d’alternative à leurs produits. On ne peut pas parler de marché si il n’y a pas de produit concurrent qui offre le même niveau de fonctionnalités, qui cherche à offrir un même niveau de services et ce au même groupe de consommateurs qui sont intéressés par ce même genre de produits. Selon nous, l’iPad est le seul actuellement dans sa catégorie et les concurrents arriveront progressivement à se positionner. Actuellement, on ne peut pas encore clairement parler de compétition. Nous allons certainement devoir attendre un an avant de voir comment ce marché va évoluer et se stabiliser autour de deux, trois, voir cinq concurrents qui feront face à l’iPad. Pour en revenir à l’HTML5, c’est un débat fortement médiatisé aujourd’hui mais il est encore trop tôt pour se positionner par rapport à cette technologie.

B-i: Vous êtes actuellement présent sur les marché des OS d’ordinateur de bureau et de smartphones (Android), songez-vous à débarquer sur d’autres matériels tels que des boîtiers multimédias par exemple ?

KC: Il y a des choses que nous faisons très bien, c’est de développer des softwares et je pense que lorsque l’on est expert dans un secteur, il faut y rester. Adobe est une société comportant 8.500 employés à travers le monde et nous sommes focalisés à produire les meilleurs softwares possibles et assurer que ces softwares soient les plus ouverts, nous travaillons dans ce sens avec intensité et nous ne changerons pas cette stratégies.

B-i: Nous avons appris récemment que vous vous apprêtez à lancer en octobre une extension “3D” de votre technologie Flash Player, pourrions-nous déjà obtenir quelques mots à ce sujet ?

Nous avons le vif souhait de continuer à développer notre Flash Player et d’innover dans certains domaines. Nous avons identifié le domaine de la 3D vers lequel nous pourrions faire la différence. De part cette stratégie, nous avons le souhait d’ouvrir le débat et ouvrir des pistes. Nous verrons par la suite si un nouveau produit sera là ou une possibilité d’intégrer cette nouvelle fonctionnalité. Pour terminer, nous nous concentrons sur les nouvelles fonctionnalités que nos utilisateurs et la communauté demandent pour Flash Player.

B-i: Merci pour cet interview.

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