Entre difficultés, imprévus et mauvais calculs, le projet Titan n’aura pas fait long feu. Mais ce serait mal connaître Apple que de penser que la marque a complètement abandonné ses plans de véhicules autonomes.

Apple a fait du chemin depuis le lancement de son projet Titan en 2014. A l’époque, la firme de Cupertino rêvait d’une solution de mobilité sans conducteur frappée d’une pomme croquée sur la calandre. Aujourd’hui, elle a complètement changé de direction et se concentre sur le développement de la partie logicielle plutôt que sur la conception d’un engin qui serait fabriqué en interne de A à Z. Les dernières nouvelles en date seraient un partenariat avec Volkswagen pour concevoir des navettes autonomes à même de transporter les employés d’Apple entre deux campus de la Silicon Valley aux Etats-Unis. Volkswagen fournirait des vans Transporter T6 en kit (carrosserie, châssis, trains roulants et roues) tandis qu’Apple s’occuperait d’incorporer batteries, sièges et planche de bord dans l’habitacle. L’entreprise est louable, mais comment expliquer un tel revirement de situation ? Comment passer de l’idée de concevoir une voiture autonome vendue à grande échelle à un simple partenariat pour des navettes destinées aux seuls employés de la marque ?

Pour tenter de répondre, il faut se plonger dans l’univers automobile et comprendre que son évolution ne s’est pas faite en un jour. Concevoir une voiture depuis la planche à dessin jusqu’au produit fini exposé dans un showroom réclame des milliers d’étapes, d’ajustements, d’essais, le tout saupoudré de savoir construit sur l’expérience. Et surtout, il s’agit d’une industrie dans laquelle la sous-traitance est indispensable. Les grands constructeurs eux-mêmes ne produisent pas tous les éléments de leurs véhicules (par exemple les batteries, démarreurs, aides à la conduite, essuie-glaces…), c’est la raison d’être des équipementiers tels que Bosch, Valeo ou encore Magnetti Marelli pour ne citer que les plus connus. Les partenariats entre les marques sont également monnaie courante, ceci afin de faire des économies d’échelle et de profiter de l’expérience de ceux qui maitrisent parfaitement leur sujet. Et ce à tous les niveaux de gamme : l’échange de motorisations se pratique aussi bien entre Renault, Nissan et Opel pour les autos de monsieur tout le monde qu’Aston Martin et Mercedes-AMG pour les voitures sportives. Dès lors, avoir pour ambition de concevoir son propre véhicule en partant de zéro est rapidement apparu compliqué à la firme de Cupertino.

Coopération indispensable

Le choix initial défendu est pourtant justifiable : Apple a toujours conçu ses produits dans leur intégralité, en s’attardant autant sur le partie hardware que software. Il en résulte un écosystème dont il est difficile de se séparer une fois que l’on y a gouté et, sans parler de performance pure, une homogénéité des produits rarement atteinte par la concurrence. Partant de ce postulat, il n’est pas étonnant que la marque ait voulu appliquer la même recette pour son projet Titan. C’est à ce moment qu’elle a compris qu’elle s’attaquait à bien plus gros qu’elle et qu’il serait difficile d’y arriver sans investissements aussi risqués qu’exorbitants. Il faut dire qu’Apple n’a absolument aucune expérience dans le secteur automobile et qu’il aurait fallu tout créer afin qu’une voiture exclusivement conçue en interne puisse voir le jour. Bien que le projet Titan ait été abandonné en cours de route, l’idée d’avoir un pied dans la conception logicielle pour la conduite autonome n’a jamais quitté Apple.

S’en est alors suivi une longue phase de recherche du partenaire idéal pour concevoir un véhicule autonome. Un partenaire qui pourrait construire l’auto avec son savoir-faire et laisser le soin à l’entreprise américaine de développer le système de conduite sans pilote. Selon le New-York Times, des négociations avec BMW, Mercedes, Nissan, BYD et même McLaren auraient été entamées. Toutes ont été avortées pour cause de divergence sur qui aurait le contrôle de l’expérience utilisateur, point clé de l’appréciation du véhicule par la clientèle. En désespoir de cause, Apple a fait l’acquisition de quelques dizaines de SUV Lexus pour poursuivre ses recherches, bien qu’aucun accord avec la marque premium japonaise n’ait été franchement conclu pour le développement d’une gamme conjointe. Pour le moment, il n’y a donc que Volkswagen qui a daigné se plier aux exigences d’Apple, pour un déploiement de quelques navettes qui ne seront pas destinées au grand public.

Ceci étant dit, rien ne permet d’affirmer que la marque à la pomme n’aura pas la possibilité de gagner la confiance des constructeurs dans un avenir plus ou moins proche. Reste pour cela à Apple de développer un système de conduite autonome efficace et surtout plus attrayant que ceux présentés par la concurrence. Cette dernière est féroce et se nomme principalement Tesla et Waymo (Google), deux géants qui ont su s’imposer dans un secteur en plein essor. Bien malin celui qui arrivera à prédire exactement quand cette technologie sera viable pour le grand public et quels acteurs seront les plus forts à ce moment là.